IPSO, la nouvelle charte d’auto-régulation des journaux britanniques qui fait débat

Le 1er mai prochain, la Grande-Bretagne verra l’application d’une nouvelle charte de régulation de la presse. IPSO (Independent Press Standards Organisation), soutenue par la plupart des journaux britanniques, devrait s’appuyer sur les résultats de l’enquête Leveson, qui avait fait suite aux scandale du News of the World en 2011. Cependant, IPSO ne fait pas l’unanimité, et la presse britannique pourrait bien retrouver ses vieux démons en essayant, une fois encore, de s’auto-réguler.

“IPSO est un organe de régulation indépendant, solide et efficace en accord total avec les principes du rapport Leveson”, peut-on lire sur le site de l’organisation. Alors que la charte doit se mettre en place dès le 1er mai prochain , 90% des journaux britanniques y adhérent déjà. Parmi eux, les grands groupes News UK, le Telegraph Media Group, Trinity Mirror, ou encore Northern & Shell, qui dirigent la plupart des journaux du pays. IPSO remplacera ainsi la PCC (Press Complaints Commission), qui fait office de charte de déontologie et de bureau des plaintes depuis 1990.

La fin de la liberté de la presse ?

C’est depuis le scandale du News of the World en 2011, qui a secoué toute la presse britannique, que l’idée d’un organe de régulation indépendant a refait surface. A l’époque, les journalistes du tabloïd sont accusés, entre autres, d’avoir piraté les téléphones portables de politiciens et autres personnalités médiatiques ainsi que de corruption dans le but d’obtenir des informations. Les résultats de l’enquête sont publiés dans le rapport Leveson et sont sans appel: la Grande-Bretagne doit se doter d’un organe de régulation indépendant qui remplacera la Press Complaints Commission.

Les grands partis politiques du pays se chargent alors de rédiger la Charte Royale d’auto-régulation de la presse, qui sera signée par la Reine Elizabeth en juillet 2011. Cette charte prévoit deux instances, un conseil de régulation et un “Panel de reconnaissance” qui validera les décisions de ce dernier. Si ni journalistes, ni politiques ne sont autorisés à y siéger, un grand nombre de rédacteurs en chef voit en cette charte la fin de la liberté de la presse, comme l’expliquait Jean-Claude Sergeant, auteur de Les Médias britanniques, dans un entretien à Télérama en 2013 : “Les rédacteurs en chef souhaiteront forcément conserver un contrôle, mais ils ne pourront pas participer à la nomination des membres du conseil.[…] On pourrait par contre y retrouver – et certains journaux ont déjà relevé cette cocasserie – d’anciens parlementaires.  Les membres du conseil de supervision seront quant à eux désignés par le Cabinet Office qui dépend du Premier Ministre.”

the sun ministry of truth

Par défiance, mais aussi pour conserver leur pouvoir, les entreprises de presse créent ainsi l’IPSO, qui s’appuie sur les mêmes règles que la Charte Royale, mais enterre l’idée du “Panel de reconnaissance”.

Loin de faire l’unanimité, l’IPSO devrait quand même voir le jour

Les journalistes britanniques ont bien compris qu’il fallait remettre un peu d’éthique au coeur de leur activité. Mais en rejoignant l’IPSO, ils ne font qu’aggraver le problème. D’une part, les défenseurs de la Charte Royale ne reconnaissent pas l’IPSO comme organe indépendant. D’autre part, le gouvernement britannique ne donne pas le sentiment d’être uni sur ce sujet. Alors que celui-ci avait rappelé le manque d’indépendance vis-à-vis de l’industrie, et l’inexistence d’un système d’arbitrage de la diffamation, l’ex-Ministre de la Culture, des Médias et du Sport, Maria Miller, approuvait la création d’un tel organe par les rédacteurs en chef eux mêmes.

Au coeur même de la profession, l’IPSO ne fait pas l’unanimité non plus. Le Guardian et le Financial Times ont décidé de ne pas en faire partie. Le quotidien de centre-gauche émet des réserves quand à l’indépendance de l’organe de régulation. Le Financial Time, lui, se dotera de son propre organe de régulation interne.

Une autre plainte est également apparue récemment: celle de ceux qui se disent victimes du News of the World et qui mettent en garde Rupert Murdoch qu’en rejoignant l’IPSO, “News UK rejette toute réforme significative du système d’auto-régulation britannique et tente de préserver les arrangements ratés du passé. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s