Pheme, le projet de fact-checking à l’échelle européenne

Pheme est le nom d’une déesse romaine, qui incarne la renommée mais surtout la rumeur. C’est aussi le nom qu’a choisi la Commission Européenne pour baptiser son projet de fact-checking du social media. Une facon d’aider les journalistes à faire leur travail plus rapidement, mais qui pose la question de la censure sur le web.

« PHEME se concentrera sur un quatrième challenge crucial et jusqu’ici encore brut: la véracité. »

Détecter le vrai du faux sur les réseaux sociaux: c’est l’ambition du projet Pheme, qui a débuté le 1er janvier 2014. A l’heure où une information traverse les fuseaux horaires en quelques secondes, les chercheurs de cinq universités européennes planchent actuellement sur ce programme automatique qui s’assurera en temps réel de la véracité des informations postées sur Facebook ou Twitter. Ce projet de fact-checking, financé par l’Union Européenne, a pour but d’éviter la propagation des rumeurs qui circulent sur la Toile. Les recherches dureront 3 ans et sont dirigées par Kalina Bontcheva, docteur en sciences informatiques à l’Université de Sheffield (Grande Bretagne). Selon le site journalism.co.uk, la Société suisse de radiodiffusion et télévision, partenaire du projet, pourrait tester le programme dès qu’il sera disponible, “d’ici 18 mois”.

Pour l’heure, les universités de Sarre (Allemagne), Modul à Vienne (Autriche), Sheffield et Warwick (Grande-Bretagne) et le King’s College London mettent leur travaux en commun pour créer ce programme à l’aide d’un algorithme complexe. Comme dévoilé sur le site du projet Pheme, l’application aura pour tâche d’identifier quatre types d’information: la spéculation, la controverse, la fausse information et la désinformation. Pour y arriver, le programme déterminera d’abord la source de l’information avant de la classer par ordre d’importance, “selon qu’elle provient d’un organe de presse, d’un journaliste free-lance, d’un potentiel témoin, ou d’un bot informatique”. Les mots utilisés dans les tweets seront ensuite étudiés par le programme. “Est-ce que le tweet est émotionnellement chargé avec des insultes ou des cris – des mots en majuscules ?”. Cette hypothèse fait partie des questions qui permettront d’évaluer le caractère véridique ou non de l’information, comme l’explique Kalina Bontcheva dans cet entretien.

Pheme est financé par l'Union Européenne.

“Utiliser les réseaux sociaux de manière efficace”

L’idée du projet est née après les émeutes de Londres en 2011. Alors que la ville connaît d’importantes violences suite à la mort d’un homme dans une fusillade dans le quartier de Tottenham, toutes sortes d’informations se bousculent sur les réseaux sociaux relayant les affrontements entre les émeutiers et la police. Plusieurs rumeurs circulent alors sur Twitter: “Un tigre a été relaché du zoo de Londres et il est maintenant en liberté dans Camden”, “Ils sont en train de bruler London Eye !!!!”, assorties de photos falsifiées.

« OH MON DIEU! Des animaux se sont échappés du zoo de Londres?! Ces émeutes sont TROP incontrôlables et bien trop dangereuses! #PriezPourLondres »

“Le problème avec la vérification, c’est qu’elle peut demander du temps et des efforts, ce qui n’est pas toujours possible lorsqu’il s’agit d’évènements qui se déroulent en temps réel, ce qui est généralement ce qui se passe dans les rédactions”, continue Kalina Bontcheva. “L’idée de Pheme est d’automatiser certains processus de vérification pour les rendre plus simples et plus rapides, et pour que les journalistes utilisent les réseaux sociaux efficacement dans des situations de ‘breaking news’, quand ces plateformes sont souvent submergées d’informations.”

A peine dévoilé, déjà critiqué

Comme tous les projets lancés à grande échelle, Pheme a déjà ses détracteurs. De nombreuses critiques sont apparues à l’égard de ce “détecteur de mensonge” du social media. Sur le web bien sur, et au coeur même du projet, sur les réseaux sociaux, certains internautes craignent déjà pour la liberté de l’Internet et la diffusion de l’information. Nombreuses sont les références à Orwell et les plus inquiets voient même arriver une “surveillance généralisée du web”. Si 1984 est encore loin, on peut tout de même se demander si le programme sert vraiment l’intérêt du journaliste. Mais comme le dit Kalina Bontcheva, “avec le processus de vérification, tout ne peut pas être fait par la machine, il reste beaucoup de travail qui ne peut être fait que par un humain”.

Pour aller plus loin, le Dr Kalina Bontcheva présente son projet lors d’un interview (en anglais),  dans l’émission Breakfast de la radio ABC Canberra.

Une réflexion sur « Pheme, le projet de fact-checking à l’échelle européenne »

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